Convictions

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Quel rapport entre le monde du conseil et celui du spectacle ? A première vue, aucun : d’un côté, les rigoureuses contraintes du business, de l’autre l’inconditionnelle liberté des artistes.
Ma passion pour le théâtre m’invite à porter sur mon métier – le conseil – un regard singulier. Balayons d’emblée les analogies balourdes (“toute démarche commerciale n’est qu’une mise en scène, où le consultant et le client ne font que jouer un rôle…”). Un consultant en mission n’est pas un comédien en représentation.
Je n’en suis pas moins persuadé que pour mener au mieux sa barque, le consultant a, comme l’acteur, besoin d’un agent.
Des agents d’artistes, j’en ai côtoyés, j’ai pu les observer, comprendre à quel point leur rôle est précieux, indispensable même. Catégorie professionnelle inclassable, figure hybride entre le pygmalion, le mentor, le chaperon, le soutien, le représentant, le port d’attache, l’agent est celui qui, de bout en bout et à chaque instant, donne à l’artiste l’opportunité d’exprimer tout son talent.
Et les consultants ? De plus en plus nombreux à choisir la voie de l’indépendance, n’ont-ils pas, eux aussi, besoin d’agents ? De professionnels aguerris aux marchés, qui repèrent les appels d’offres, décrochent les contrats, négocient les clauses, créent et animent les bons réseaux relationnels, veillent au confort des missions, épaulent, écoutent, recadrent…
Tout artiste veut faire valoir son talent. Tout consultant cherche à valoriser ses compétences. Il y a là un métier à part entière.

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N’y a-t-il pas quelque chose de déroutant à voir une partie de la population battre le pavé pour invoquer le CDI au nom de sa toute-puissance protectrice ? Que la sécurité de l’emploi soit une aspiration légitime, nul ne le conteste. Mais le CDI a-t-il quelque chose à y voir ?

Associer sécurité professionnelle et CDI, c’est comme réduire un principe actif à son excipient. Or, la qualité du travail n’est pas soluble dans le contrat de travail. Ce qui donne au travail toute sa valeur, c’est avant tout l’employabilité. Autrement dit la capacité à se projeter, à prendre des initiatives, à investir les sujets porteurs. La véritable protection est dans le mouvement, certainement pas dans le statut. Le vrai risque, c’est de ne pas en prendre.

Pas d’employabilité sans disposition à apprendre à tout moment, à capitaliser sur ses connaissances, à les confronter sans cesse à l’épreuve du réel.
D’où le rôle central de la formation. Mais d’une formation permanente, informelle, qui mobilise chaque situation où s’acquièrent les compétences : activités professionnelles bien sûr, mais tout autant expériences personnelles, lectures, échanges, engagements associatifs… La formation tout au long de la vie en quelque sorte. Comme un cheminement libre, pas toujours linéaire, encore moins tout tracé.

Cette construction permanente n’a nullement besoin de cadre statutaire, de normes contractuelles. Elle demande juste des organisations de travail souples, un management agile, des logiques collaboratives, une émulation bien comprise. Et beaucoup d’enthousiasme.

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“Racontez-moi votre plus gros échec”. L’invitation peut sembler insolite. Pas aux Etats-Unis, où elle émaille naturellement tout entretien de recrutement. Dans la culture managériale anglo-saxonne, “se planter” n’est pas une tare. Mieux : cela devient un sésame pour l’employabilité, à condition qu’on l’accepte, qu’on sache en analyser les différents ressorts et qu’on se donne les moyens de rebondir. Fail, learn and succeed.

Que dire alors de notre culture managériale française ? De notre approche du recrutement ? De notre vision de l’entreprise et de la performance ? Sinon que la peur de l’échec y est partout latente. En France, où il faut non seulement réussir, mais réussir du premier coup, l’échec est encore perçu comme une incongruité et vécu comme une punition.

Quel contresens !

Voit-on beaucoup de bonnes idées émerger d’un coup ? Ne sont-elles pas la plupart du temps le fruit d’un cheminement incrémental ? De Henry Ford à Bill Gates, en passant par Walt Disney ou Soichiro Honda, combien de grands capitaines d’industrie ont accumulé les déconvenues et ont refusé de s’y résigner…

S’affranchir de la peur de l’échec, oser prendre des risques, comprendre qu’il n’y a pas de chemins linéaires de réussite, ne pas réduire les compétences au déroulé d’un CV, aller chercher les potentiels jusque dans les ruptures de parcours, tout cela participe de la même ambition : révéler le talent, partout où il existe.

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C’est l’un des symptômes les plus significatifs de la mutation qui traverse le monde du travail : l’explosion du nombre des indépendants. Comme beaucoup de salariés dans tous les secteurs d’activité, les consultants sont chaque jour de plus en plus nombreux à se mettre à leur compte. Et comment ne pas les comprendre ? Autonomie, liberté, émancipation… : l’indépendance est un horizon riche de promesses. Et parmi toutes, la plus inspirante sans doute : le sens. Celui que l’on veut (re)donner à son métier, à ses choix, à sa vie.

En huit ans, mes associés et moi-même avons dû recevoir au bas mot deux-mille consultants indépendants. Deux mille profils différents, autant de parcours singuliers. Et pourtant, l’expression d’un même sentiment. Ce qu’ils ont gagné en liberté et en épanouissement, ils l’ont perdu en richesse sociale. Car devenir freelance, c’est aussi faire l’épreuve d’une certaine solitude. Au sein des grands cabinets, ils se sentaient comme des quidams perdus dans la structure. En les quittant, ils sont devenus des invisibles sur le marché. Invisibles, ignorés, en panne de missions. D’autant que la plupart d’entre eux n’ont ni appétence, ni dispositions pour le commercial.
Bref, le constat est unanime : le moteur de la progression se grippe dès lors que l’on quitte les grands noms du conseil.

Pour autant, pas question de faire le chemin inverse. La liberté gagnée et le sens retrouvé sont bien trop précieux. Tous ces consultants émérites, talentueux, enthousiastes ne demandent en aucun cas à “rentrer dans l’ordre”. Ils ont juste besoin d’un peu de reconnaissance, d’émulation, d’échange, de soutien. Pour retrouver ce lien, nul besoin de revenir au formalisme rigide des grandes structures. La solution est ailleurs. Dans cette formidable invention humaine qu’est le réseau.

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